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GCP : la vraie vie de commando parachutiste racontée par Kevin Balussou

Dix hommes partent au combat. Deux reviennent indemnes. Les autres sont blessés ou ne reviennent pas du tout. Cette phrase n'est pas tirée d'un roman de guerre, elle décrit la réalité vécue par Kevin Balussou et son groupe lors de leur déploiement en Afghanistan. Ancien du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes de Pamiers, Kevin a gravi tous les échelons jusqu'à intégrer les Groupements de Commandos Parachutistes, une unité où le mythe et la réalité se télescopent en permanence. Son témoignage, livré sans filtre, démonte autant les clichés que les fantasmes sur ce métier d'exception.

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L'engagement commence par un choix de vie, pas par un film

Kevin n'a pas découvert l'armée en jouant à un jeu vidéo. Son grand-père a fait l'Indochine et l'Algérie, son père a vécu l'attentat du Drakkar à Beyrouth lors de son service au 9e RCP. À dix ans, la vocation est déjà ancrée. Face à l'orientation scolaire qui lui propose une filière générale, il choisit volontairement un bac professionnel en mécanique auto pour gagner une année et s'engager plus tôt. À dix-sept ans et demi, il franchit les portes du 1er RCP.

Ce choix, il le nuance aujourd'hui avec honnêteté. Il reconnaît ne pas être le meilleur exemple à suivre et conseille aux jeunes de pousser leurs études aussi loin que possible. Mais pour lui, l'armée n'était pas une option parmi d'autres, c'était l'aboutissement d'un désir profond. Sa reconversion ultérieure prouve d'ailleurs que le parcours scolaire initial ne ferme aucune porte, à condition de faire les bons choix au bon moment.

Les classes forment le corps avant de forger l'esprit

Arrivé chétif, avec un gabarit nettement en dessous de la moyenne des recrues bien préparées physiquement, Kevin découvre les classes du 1er RCP sans transition douloureuse. Apprendre à marcher au pas, faire son lit au carré, vivre au même rythme que les autres sous le même uniforme : ces fondamentaux laissent une empreinte durable. Il valide rapidement son parcours, obtient son permis dans l'armée faute d'avoir l'âge légal avant, puis devient tireur Milan au sein de la section d'appui.

Moins de six mois après ses classes, il part en Côte d'Ivoire. Cette première projection le marque profondément : quatre mois en section isolée, sans eau courante, sans électricité, sans téléphone, au cœur de la zone tampon entre rebelles et forces ivoiriennes. Il y apprend la gestion du contrôle de soi face à la surprise, notamment lors d'une entrée en bâtiment où une femme surgit en courant vers lui dans l'obscurité. Ce réflexe de ne pas tirer dans le doute l'accompagnera toute sa carrière.

Les sélections GCP éliminent avant même de commencer le vrai travail

Pour rejoindre le GCP, Kevin passe deux semaines d'évaluations qui filtrent impitoyablement les candidats. La première semaine se joue uniquement sur le plan physique : course de huit kilomètres en treillis avec paquetage de onze kilos à boucler en moins de cinquante minutes, pompes, tractions, abdominaux, puis l'épreuve reine, la grimper de corde bras et jambes avec paquetage complet. Beaucoup échouent ici, souvent des gabarits qui se croient forts mais qui manquent de technique.

La deuxième semaine bascule dans l'épreuve d'endurance mentale et tactique. Marche nocturne solitaire de vingt kilomètres dans les Pyrénées, ateliers d'instruction simulée auprès de figurants jouant la résistance, tir longue distance avec une arme inconnue pour tester l'adaptabilité, puis trente kilomètres de course en treillis avec arme pour conclure. Kevin se souvient avoir perdu huit kilogrammes en quatre jours, le visage marqué, la lèvre fendue par le recul de son arme. Il a réussi du premier coup, un exploit qu'il attribue autant à la préparation physique qu'à la maîtrise des fondamentaux militaires.

La topographie et le camouflage trahissent plus que la force physique

Contrairement à l'idée reçue, le tir n'est pas l'épreuve qui élimine le plus de candidats. Kevin insiste sur un point souvent négligé par les aspirants : la topographie. Beaucoup de militaires, officiers compris, arrivent avec un niveau très faible en lecture de carte et en utilisation de la boussole. Cette compétence, notée tout au long de la semaine à travers les déplacements autonomes, pèse lourd dans l'évaluation finale et se travaille en amont, sans attendre d'être pris par la main.

L'attitude compte tout autant que la technique. Un candidat qui néglige son camouflage en fin de journée, qui laisse transparaître sa fatigue par un relâchement visible, envoie un signal négatif à ceux qui l'évaluent. Kevin raconte avoir vu des stagiaires arriver tête basse sur un chemin, sans camouflage, pensant que l'exercice n'était que du théâtre. Pourtant, les scénarios reproduisent des situations réellement vécues sur le terrain, où des individus hostiles ont profité du relâchement d'une équipe pour s'infiltrer derrière une position supposée sécurisée.

Le GCP combine saut opérationnel et combat de haute précision

Une fois admis, Kevin enchaîne les stages : Jetberg pour la mobilité aérienne et le tir de combat, commando à Mont-Louis et Collioure, puis trois mois de formation au saut en chute opérationnelle à Pau. Cette dernière qualification lui permet de sauter à environ quatre mille mètres d'altitude, hors de portée des radars, puis de parcourir jusqu'à vingt kilomètres sous voile pour infiltrer une zone sans être détecté ni entendu. Une capacité stratégique majeure face à des groupes armés qui n'écoutent jamais venir un parachutiste silencieux la nuit.

Au sein de son groupe de commandos, organisé en binômes spécialisés (commandement, appui-feu, effraction, reconnaissance photo), Kevin évolue d'abord comme photographe avant de prendre le commandement d'une équipe. La différence avec les forces spéciales ne réside pas dans la technique, identique sur le terrain, mais dans le niveau de ciblage et de renseignement disponible en amont des missions.

Le Mali révèle une guerre différente de l'Afghanistan

En Afghanistan, Kevin affronte une guerre d'usure quotidienne face à deux mille cinq cents rebelles, marquée par les attaques à l'explosif et les snipers invisibles. Son groupe part à trente, revient décimé, reconstitué au fil des pertes. Au Mali, la configuration change radicalement. En patrouille pickup dans le désert, parfois dix jours durant sur une zone grande comme la moitié de la France, Kevin mène des embuscades qui fonctionnent à dix mètres de distance, un combat rapproché qu'il n'imaginait pas apprécier autant.

La majorité des accrochages qu'il dirige se déroulent entre dix et deux cents mètres, une proximité qui tranche avec la guerre plus diffuse d'Afghanistan. Il évoque aussi l'attaque du camp de Tombouctou par des kamikazes, où son groupe, en alerte QRF, intervient sans nouvelles précises des blessés sur place. Cinq déploiements au Mali en cinq ans lui permettent d'accomplir, selon ses propres mots, tout ce qu'il était venu chercher dans l'armée.

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Passer à l'action

Le parcours de Kevin Balussou démontre qu'aucune voie n'est tracée d'avance, qu'il s'agisse du bac professionnel ou du gabarit initial jugé trop léger. Patience, rigueur et tourné vers les autres : les trois mots qu'il retient résument une carrière bâtie sur la préparation méthodique plutôt que sur le talent brut. Pour quiconque vise le GCP, le message est clair : la topographie, le camouflage et l'attitude pèsent autant que la force physique dans la balance des sélections.

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Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quelles sont les épreuves physiques éliminatoires pour entrer au GCP ?

La première semaine comprend une course de huit kilomètres en treillis avec paquetage de onze kilos en moins de cinquante minutes, des pompes, des tractions, des abdominaux et surtout deux grimpers de corde bras et jambes avec paquetage complet. Cette épreuve de corde élimine de nombreux candidats pourtant costauds, faute de technique suffisante.

Combien de temps dure la sélection GCP au total ?

La sélection s'étale sur deux semaines. La première semaine évalue les capacités physiques de base. La seconde combine marche nocturne de vingt kilomètres, ateliers tactiques notés par des figurants, tir avec armes inconnues et une course finale de trente kilomètres en treillis avec arme pour clôturer l'évaluation.

Quelle est la différence entre un commando parachutiste et un fantassin parachutiste classique ?

Les deux différences majeures sont le type de parachute, rectangulaire et pilotable pour les commandos contre une voile ronde pour l'infanterie classique, et le niveau technique du combat, avec des procédures d'entrée dynamique, de crochetage et de combat urbain beaucoup plus poussées pour les commandos.

Pourquoi la topographie est-elle si importante dans les sélections ?

Beaucoup de candidats arrivent avec un niveau très faible en lecture de carte et utilisation de la boussole. Cette compétence est notée sur toute la durée de la semaine à travers les déplacements autonomes entre les ateliers, ce qui en fait un facteur déterminant souvent sous-estimé face à la préparation physique.

Le GCP et les forces spéciales font-ils le même travail sur le terrain ?

Les procédures tactiques, les méthodes d'insertion et les techniques de combat sont similaires. La différence principale réside dans le niveau de renseignement et de ciblage disponible en amont des missions, les forces spéciales recevant des cibles à plus forte valeur ajoutée grâce à un renseignement plus précis.

Comment se préparer efficacement avant de tenter les sélections GCP ?

Il faut travailler en autonomie dès le début de carrière, maîtriser parfaitement toutes les armes de sa section, s'entraîner régulièrement à la topographie et ne jamais négliger les détails comme le camouflage. L'attitude générale, la motivation visible et la rigueur comptent autant que la performance physique brute.

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